Page:La Bruyère - Œuvres complètes, édition 1872, tome 2.djvu/336

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ils voltigent et semblent être le jouet du vent ; l’oeil est ardent, les naseaux soufflent le feu et la vie ; un ciseau de maître s’y retrouve en mille endroits ; il n’est pas donné à ses copistes ni à ses envieux d’arriver à de telles fautes par leurs chefs-d’œuvre : l’on voit bien que c’est quelque chose de manqué par un habile homme, et une faute de Praxitèle.

Mais qui sont ceux qui, si tendres et si scrupuleux, ne peuvent même supporter que, sans blesser et sans nommer les vicieux, on se déclare contre le vice ? sont-ce des chartreux et de solitaires ? sont-ce les jésuites, hommes pieux et éclairés ? sont-ce ces hommes religieux qui habitent en France les cloîtres et les abbayes ? Tous au contraire lisent ces sortes d’ouvrages, et en particulier, et en public, à leurs récréations ; ils en inspirent la lecture à leurs pensionnaires, à leurs élèves ; ils en dépeuplent les boutiques, ils les conservent dans leurs bibliothèques. N’ont-ils pas les premiers reconnu le plan et l’économie du livre des Caractères ? N’ont-ils pas observé que de seize chapitres qui le composent, il y en a quinze qui, s’attachant à découvrir le faux et le ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions et des attachements humains, ne tendent qu’à ruiner tous les obstacles qui affaiblissent d’abord, et qui éteignent ensuite dans tous les hommes la connaissance de Dieu ; qu’ainsi ils ne sont que des préparations au