Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/363

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Le pauvre époux n’y reconnoistroit rien,
Tant la Suivante avoit l’air de la Dame ;
Puis, supposé qu’il reconnust la Femme,
Qu’en pouvoit-il arriver que tout bien ?
Elle auroit lieu de lui chanter sa gâme.
Le lendemain, par hazard Clidamant,
Qui ne pouvoit se contenir de joye,
Trouve un Amy, lui dit éteurdiment
Le bien qu’Amour à ses desirs envoye.
Quelle faveur ! Non qu’il n’eust bien voulu
Que le marché pour moins se fût conclu ;
Les cent écus lui faisoient quelque peine.
L’Amy lui dit : Hé bien ! soyons chacun
Et du plaisir et des frais en commun.
L’Epoux n’ayant alors sa bourse pleine,
Cinquante écus à sauver étoient bons ;
D’autre costé, communiquer la belle,
Quelle apparence ! y consentiroit-elle ?
S’aller ainsi livrer à deux Gascons !
Se tairoient-ils d’une telle fortune ?
Et devoit-on la leur rendre commune ?
L’Amy leva cette difficulté,
Representant que dans l’obscurité
Alix seroit fort aisement trompée :
Une plus fine y seroit attrapée.
Il suffiroit que tous deux tour à tour,
Sans dire mot, ils entrassent en lice,
Se remettant du surplus à l’amour,
Qui volontiers aideroit l’artifice.
Un tel silence en rien ne leur nuiroit ;
Madame Alix, sans manquer, le prendroit
Pour un effet de crainte et de prudence ;
Les murs ayant des oreilles (dit-on).
Le mieux estoit de se taire ; à quoy bon
D’un tel secret leur faire confidence ?
Les deux galans ayant de la façon
Reglé la chose, et disposez à prendre
Tout le plaisir qu’Amour leur promettoit,