Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/37

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A vous servir, sans plus, pour vos beaux yeux :
Ay-je failli de me payer moy-mesme ?
L’eussiez-vous fait ? non sans doute ; et les Dieux
En ce rencontre ont tout fait pour le mieux :
Je suis content ; vous n’estes point coupable ;
Est-ce dequoy paroistre inconsolable ?
Pourquoi gemir ? J’en connois, Dieu-mercy,
Qui voudroient bien qu’on les trompast ainsi.
Tout ce discours n’appaisa point Catelle ;
Elle se mit à pleurer tendrement.
En cet estat elle parut si belle,
Que Minutol, de nouveau s’enflâmant,
Luy prit la main. Laisse-moy, luy dit-elle :
Contente-toy ; veux-tu donc que j’appelle
Tous les voisins, tous les gens de Janot ?
Ne faites point, dit-il, cette folie ;
Vostre plus court est de ne dire mot.
Pour de l’argent, et non par tromperie,
(Comme le monde est à present bâty)
L’on vous croiroit venuë en ce lieu-cy.
Que si d’ailleurs cette supercherie
Alloit jamais jusqu’à vostre mary,
Quel déplaisir ! songez-y, je vous prie ;
En des combats n’engagez point sa vie ;
Je suis du moins aussi mauvais que luy.
A ces raisons enfin Catelle cede.
La chose estant, poursuit-il, sans remede,
Le mieux sera que vous vous consoliez.
N’y pensez plus. Si pourtant vous vouliez……
Mais bannissons bien loin toute esperance ;
Jamais mon zele et ma perseverance
N’ont eu de vous que mauvais traitement.
Si vous vouliez, vous feriez aisément
Que le plaisir de cette jouissance
Ne seroit pas, comme il est, imparfait :
Que reste-t-il ? le plus fort en est fait.
Tant bien sceut dire, et prescher, que la Dame,
Sechant ses yeux, rasserenant son ame,