Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/40

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Quand je diray qu’il leur en tardoit fort,
Nul n’osera soustenir le contraire.
Amour enfin, qui prit à cœur l’affaire,
Leur inspira la ruse que voicy.
La Dame dit un soir à son mary :
Qui croyez-vous le plus remply de zele
De tous vos gens ? Ce propos entendu,
Messire Bon luy dit : J’ay toûjours creu
Le Fauconnier garçon sage et fidelle ;
Et c’est à luy que plus je me fierois.
Vous auriez tort, repartit cette Belle ;
C’est un méchant : il me tint l’autre fois
Propos d’amour, dont je fus si surprise,
Que je pensay tomber tout de mon haut ;
Car qui croiroit une telle entreprise ?
Dedans l’esprit il me vint aussi-tost
De l’étrangler, de luy manger la veuë :
Il tint à peu ; je n’en fus retenuë
Que pour n’oser un tel cas publier :
Mesme, à dessein qu’il ne le pust nier,
Je fis semblant d’y vouloir condescendre ;
Et cette nuit, sous un certain poirier,
Dans le jardin je luy dis de m’attendre.
Mon mary, dis-je, est toûjours avec moy,
Plus par amour que doutant de ma foy ;
Je ne me puis dépestrer de cet homme,
Sinon la nuit pendant son premier somme :
D’auprés de luy taschant de me lever,
Dans le jardin je vous iray trouver.
Voila l’estat où j’ay laissé l’affaire.
Messire Bon se mit fort en colere.
Sa femme dit : Mon mary, mon Epoux,
Jusqu’à tantost cachez vostre courroux ;
Dans le jardin attrapez-le vous-mesme ;
Vous le pourrez trouver fort aisément,
Le poirier est à main gauche en entrant.
Mais il vous faut user de stratagème :
Prenez ma juppe, et contre-faites-vous ;