Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/42

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Ne te croyant le cœur si perverti
Que de vouloir tromper un tel mary.
Or bien, je vois qu’il te faut un amy ;
Trouvé ne l’as en moy, je t’en asseure.
Si j’ay tiré ce rendez-vous de toy,
C’est seulement pour éprouver ta foy ;
Et ne t’attends de m’induire à luxure :
Grand pecheur suis ; mais j’ay là, Dieu mercy,
De ton honneur encor quelque soucy.
A Monseigneur ferois-je un tel outrage ?
Pour toy, tu viens avec un front de Page :
Mais, foy de Dieu, ce bras te chastiera ;
Et Monseigneur puis aprés le sçaura.
Pendant ces mots l’Epoux pleuroit de joye,
Et, tout ravy disoit entre ses dents :
Loué soit Dieu, dont la bonté m’envoye
Femme et valet si chastes, si prudens.
Ce ne fut tout ; car à grands coups de gaule
Le Pelerin vous luy froisse une épaule ;
De horions laidement l’accoustra ;
Jusqu’au logis ainsi le convoya.
Messire Bon eust voulu que le zele
De son valet n’eust esté jusques-là ;
Mais, le voyant si sage et si fidelle,
Le bon-hommeau des coups se consola.
Dedans le lit sa femme il retrouva ;
Luy conta tout, en luy disant : Mamie,
Quand nous pourrions vivre cent ans encor,
Ny vous ny moy n’aurions de nostre vie
Un tel valet ; c’est sans doute un tresor.
Dans nostre Bourg je veux qu’il prenne femme :
A l’avenir traitez-le ainsi que moy.
Pas n’y faudray, luy repartit la Dame ;
Et de cecy ie vous donne ma foy.