Page:La Fontaine - Œuvres complètes - Tome 2.djvu/56

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Et comment ne le diroient-ils pas ? Ils ont bien fait le mesme reproche à Terence ; mais Terence s’est mocqué d’eux, et a pretendu avoir droit d’en user ainsi. II a meslé du sien parmy les sujets qu’il a tirez de Menandre, comme Sophocle et Euripide ont meslé du leur parmy ceux qu’ils ont tirez des Escrivains qui les precedoient, n’épargnant Histoire ny Fable où il s’agissoit de la bien-seance et des regles du dramatique. Ce privilege cessera-t-il à l’égard des Contes faits à plaisir, et faudra-t-il avoir doresnavant plus de respect, et plus de Religion, s’il est permis d’ainsi dire, pour le mensonge, que les Anciens n’en ont eu pour la verité ? Jamais ce qu’on appelle un bon Conte ne passe d'une main à l’autre sans recevoir quelque nouvel embellissement. D’où vient donc, nous pourra-t-on dire, qu’en beaucoup d’endroits l’Auteur retranche au lieu d’encherir ? Nous en demeurons d’accord, et il le fait pour éviter la longueur et l’obscurité, deux defauts intolerables dans ces matieres, le dernier sur tout : car si la clarté est recommandable en tous les Ouvrages de l'esprit, on peut dire qu'elle est necessaire dans les recits, où une chose, la pluspart du temps, est la suite et la dépendance d’une autre, où le moindre fonde quelquefois le plus important ; en sorte que si le fil vient une fois à se rompre, il est impossible au Lecteur de le renouer. D’ailleurs, comme les narrations en Vers sont trés-malaisées, il se faut charger de circonstances le moins qu’on peut : par ce moyen vous vous soulagez vous-mesme, et vous soulagez aussi le Lecteur, à qui l’on ne sçauroit manquer