Page:La Fontaine - Fables, Mame 1897.djvu/51

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Une poutre cassa les jambes à l’athlète,
Et renvoya les conviés
Pour la plupart estropiés.
La renommée eut soin de publier l’affaire ;
Chacun cria : Miracle ! on doubla le salaire
Que méritaient les vers d’un homme aimé des dieux.
Il n’était fils de bonne mère
Qui, les payant à qui mieux mieux,
Pour ses ancêtres n’en fît faire.

Je reviens à mon texte, et dis premièrement
Qu’on ne saurait manquer de louer largement
Les dieux et leurs pareils ; de plus que Melpomène
Souvent, sans déroger, trafique de sa peine ;
Enfin qu’on doit tenir notre art en quelque prix.
Les grands se font honneur dès lors qu’ils nous font grâce.
Jadis l’Olympe et le Parnasse
Étaient frères et bons amis.


XV

LA MORT ET LE MALHEUREUX


Un malheureux appelait tous les jours
La mort à son secours.
Ô Mort ! lui disait-il, que tu me sembles belle !
Viens vite, viens finir ma fortune cruelle !
La mort crut, en venant, l’obliger en effet.
Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre.
Que vois-je ! cria-t-il ; ôtez-moi cet objet !