Page:La Fontaine - Fables choisies, Barbin 1692, tome 3.djvu/103

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Prenez ces cent écus : gardez les avec ſoin,
Pour vous en ſervir au beſoin.
Le Savetier crut voir tout l’argent que la terre
Avoit depuis plus de cent ans
Produit pour l’uſage des gens.
Il retourne chez luy : dans ſa cave il enſerre
L’argent & ſa joye à la fois.
Plus de chant ; il perdit la voix
Du moment qu’il gagna ce qui cauſe nos peines.
Le ſommeil quitta ſon logis,
Il eut pour hoſtes les ſoucis,
Les ſoupçons, les alarmes vaines.
Tout le jour il avoit l’œil au guet ; Et la nuit,
Si quelque chat faiſoit du bruit,
Le chat prenoit l’argent : À la fin le pauvre homme
S’en courut chez celuy qu’il ne réveilloit plus.