Page:La Morvonnais - Un vieux paysan, 1840.djvu/53

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée
— 50 —


« J’ai vu ce qui manquait à ces âmes pensives :
« Car, à travers le cours de leurs heures oisives,
« Leurs fronts étaient pensifs ; je les surpris souvent
« A pleurer au désert leur rêve décevant.

« Or ce qui leur manquait, c’était la foi pieuse.
« Et moi, de cette église humble et silencieuse
« J’oubliai les festins faits au pied de l’autel ;
« J’oubliai la prière et mon sort immortel.

« Mais j’étais en malaise ; et, regardant la terre,
« Mon âme en gémissant se sentait solitaire.
« Tous ces riches rêveurs s’attristaient comme moi :
« Tout mon mal me venait de l’oubli de la foi.

« Je le sentis : hélas ! la pente était rapide.
« Que de fois, en dormant, je vis ce flot limpide
« Qui ruisselé là bas dans mon vallon natal ;
« Mais le mal m’entraînait comme un attrait fatal.

« Pâques ne dressait plus pour moi les Saintes-Tables ;
« Et, quoique maudissant mes heures détestables,
« Je me laissais aller au fil troublé des eaux :
« Enfin je vous revois ma hutte et mes tombeaux.

« Les liens sont brisés, le souvenir s’efface.
« La force de partir me vint avec ta grâce,
« O mon Dieu ; je quittai le monde et ses écueils :
« Ce pays adoré dissipe tous mes deuils.