Page:La Nature, 1873.djvu/231

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
223
LA NATURE.
Book important2.svg Les corrections sont expliquées en page de discussion


son tissu diffère de celui des cocons européens en ce sens qu’il est tissé comme un nid d’oiseau ; le ver ne s’enferme pas dans le cocon, il y laisse une ouverture par où il s’échappe à l’état de papillon.

Le travail du bombyx saturnia est assez rapide ; il ne lui faut guère plus de trois semaines pour construire son cocon, et une période égale pour en sortir, en sorte que la récolte de la soie peut s’obtenir en sept semaines environ. Le procédé de la filature est très-simple : les fils, grâce à la structure du cocon, se dévident sous l’action de l’eau chaude ; la fibre du fil a beaucoup de consistance. Un seul fil de 12 pouces de longueur peut soutenir un poids de 4 grammes, et une liasse de 54 fils soutient un poids d’environ 1 kilogramme. Les fils sont malheureusement un peu grossiers. On s’efforce d’en obtenir d’une plus grande finesse par des essais ardemment poursuivis, afin de les adapter au tissage et à la couture. Si ce produit de la soie brésilienne pouvait victorieusement sortir de la période des essais, il fournirait de la soie très-bon marché. Les frais de production sont bien inférieurs à ceux que nécessite la culture en Europe. Le cocon est très-abondant dans le nord du Brésil, surtout dans les provinces de Piahuy. Le ver se nourrit sur l’arbre et il résiste aux intempéries. L’arbre abonde tellement qu’on pourrait élever assez de cocons pour suffire à la cargaison de plusieurs navires.

Le vent chaud des déserts du Turkestan. — Nous avons parlé des températures extraordinaires observées pendant l’expédition russe de Khiva (p. 129). L’invalide russe donne de curieux détails que nous allons reproduire au sujet de la météorologie de ces régions maudites. On va juger des simouns du Turkestan par les extraits suivants d’une lettre écrite par un officier russe faisant partie de l’expédition.

« Nous avons essuyé aujourd’hui ce vent brûlant et suffocant auquel M. Vambéry donne le nom de « tebbad » et qui devient si redoutable pour le voyageur des steppes. Il soulève des masses énormes de sable incandescent, change entièrement l’aspect des monticules de sables (barkhans), et enfouit sous le sable des caravanes entières. C’est après avoir traversé l’Amou-Daria et une partie de l’oasis de Khiva, sur une étendue de 60 verstes, que ce vent est venu fondre sur la ville de Khiva. Au soleil, il est insupportable, surtout par une température de 35 degrés Réaumur à l’ombre, comme celle d’aujourd’hui ; on ne respire un peu que dans les saclias (maisons) aux plafonds élevés et dont les volets sont hermétiquement clos. Les indigènes assurent que plus tard il fera encore plus chaud. » Les cas de maladie sont cependant peu fréquents, ajoute le correspondant russe à la date du 10 juillet 1873.

Vambéry a failli périr sous l’action de ce vent chaud qui menaçait d’enfouir littéralement le voyageur et ses compagnons sous de véritables marées de sable brûlant, et de les enterrer vivants au milieu de déserts abandonnés.

Curieuse application de la photographie. — Il résulte d’un rapport sur les photographies des criminels à Londres, dit l’Officiel d’après le Pall Mall Budget, que, du 2 novembre 1871 au 31 décembre 1872, 373 arrestations ont eu lieu en Angleterre, parce que l’identité des criminels avait pu être établie grâce à leurs portraits photographiés. Pendant cette période, en effet, on a reçu des prisons de comtés et de bourgs à l’Habitual Criminal’s Office, 30 463 photographies de criminels. Ce qui précède prouve donc que l’habitude de faire le portrait des malfaiteurs au moyen de la photographie est utile, et nous dirons de plus qu’il ne coûte pas très-cher, puisque les portraits des détenus de 115 prisons de l’Angleterre et du pays de Galles, depuis le jour où l’acte de 1870 eut force de loi jusqu’au 31 décembre de l’année dernière, n’ont coûté que 2 948 l. st. 18 sh. 3 pence. Peut-être devrait-on désirer, pour qu’elle pût rendre des services plus réels, que la galerie des portraits des criminels fût ouverte au public. Il serait possible par là d’arrêter plus facilement les malfaiteurs que la police recherche et sur lesquels elle ne peut mettre la main. Il en serait de même des corps de personnes mortes et qui n’ont pas été réclamés. On trouverait par là, nous n’en doutons pas, le moyen d’arrêter des meurtriers, dont le nom, le plus souvent, reste aussi bien un secret que celui de leurs victimes.


BIBLIOGRAPHIE

Leçons d’hygiène, par le Dr Riant (A. Delahaye, 1873). — Cet ouvrage est un de ceux qu’il est bon de signaler ; il est rempli de recommandations que tout le monde devrait mettre à profit. Les règles de l’hygiène, bien suivies, ne sont-elles pas en effet les causes de la santé, de la force physique et de la tranquillité morale qui en est la conséquence ? M. le Dr Riant est un de ces esprits laborieux, avides de se signaler par des œuvres utiles, et l’ouvrage qu’il vient de publier est certainement destiné à être apprécié par tous ceux qui se soucient des bienfaits de la santé. L’air et les agents atmosphériques, lumière, chaleur, électricité, sécheresse et humidité, sont d’abord étudiés au point de vue de l’influence qu’ils exercent sur la santé. Les altérations de l’air, les endémies, les épidémies sont passées en revue par l’auteur, qui donne dans la suite, de son livre des conseils sur la bonne disposition des habitations, sur les soins du corps, sur les aliments et sur les boissons au point de vue de l’hygiène. L’ouvrage se termine par quelques chapitres fort intéressants sur l’hygiène du travail et sur l’utilité des exercices physiques. M. le Dr Riant recommande la pratique de la gymnastique, de la natation et de tous les exercices du corps, si malheureusement délaissés dans les grandes villes.

Télescope et microscope, par MM. Zurcher et Margollé (Bibliothèque utile, librairie Pagnerre. Paris). — Ce petit livre, si modeste, qu’il soit de format et de prix, nous ouvre ces deux immenses abîmes : l’infiniment grand et l’infiniment petit. Les auteurs y étudient d’après les travaux modernes les infusoires qui grouillent par milliards dans une goutte d’eau, et les nébuleuses, ces soleils lointains qui scintillent innombrables dans les profondeurs de l’empyrée. L’histoire du microscope et du télescope, les merveilles qu’ils nous révèlent, sont habilement décrites par MM. Zurcher et Margollé, qui ont réussi à écrire un livre scientifique sous une forme charmante et pleine d’attrait.


ACADÉMIE DES SCIENCES

Séance du 25 août 1873. — Présidence de M. Bertrand.

Deux nouvelles comètes. — Au nom de M. Le Verrier, absent en ce moment de Paris, M. Wolf transmet la nouvelle de la découverte de deux nouvelles comètes observées, la première le 21 août, à Marseille, par M. Borelly, et l’autre presque en même temps, à Paris, par M. Paul Henry. Cette