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L’URGENTE RÉFORME




À première vue, l’année qui vient de finir semble avoir été bonne pour ceux qui désirent une réforme du système d’éducation en vigueur dans nos lycées. La brillante conférence faite à la Sorbonne devant un auditoire de quatre mille personnes par M. Jules Lemaître, au mois de juin dernier ; l’initiative hardie prise par M. Demolins de créer en pleine campagne un collège-modèle imité de ceux d’Angleterre ; la nomination par le Parlement d’une commission d’enquête sur les améliorations réalisables dans l’enseignement secondaire… tout cela semble marquer qu’un courant sérieux et définitif s’est établi dans l’opinion en faveur de la réforme pédagogique. Par malheur il n’y a là qu’un effet de mirage. L’intérêt que l’on témoigne aux questions d’éducation n’est pas nouveau. Sans remonter jusqu’à l’« Éducation homicide » cet éloquent réquisitoire de M. de Laprade, ou jusqu’au célèbre mémoire qu’il y a trente ans bientôt, M. Sainte-Claire Deville présenta à l’Académie sur le même sujet, les Français ont été maintes fois appelés à faire leur examen de conscience quant à la manière dont ils élèvent leurs fils ; chaque fois qu’ils le renouvellent, cet examen, ils s’adressent à eux-mêmes de multiples et graves reproches et pourtant les choses demeurent en l’état ; aucune modification appréciable n’est introduite ; le système est toujours identique.

La raison de cette impuissance est facile à relever. On ne traite point le problème éducatif d’une façon qui puisse en hâter la solution ; on l’écartèle. Chacun l’attache à la queue de son propre cheval et fouaille l’animal dans la direction préférée, au grand amusement des apôtres du statu quo et de la routine, qui regardent, rassurés et moqueurs. Cette année, l’écartèlement est plus com-