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LA FORMATION DES ÉTATS-UNIS.

situation. Cromwell avait été favorable aux colonies et avait même essayé, croyant bien faire, de leur expédier des convicts pour travailler la terre. En tous les cas, il s’était gardé de les molester. La restauration fut mal accueillie ; Charles ii ne fut proclamé à Boston qu’un an après son avènement et de fort mauvaise grâce. Sous Jacques ii, les choses empirèrent. Il y eut dans la Nouvelle-Angleterre, par les soins du gouverneur royal, une levée arbitraire d’impôts et une tentative pour abolir le mariage civil. Le mouvement qui tendait à la dépossession des compagnies et des concessionnaires et à la centralisation des pouvoirs entre les mains du roi s’accentua après 1688. Ce n’était pas un bien, car le gouvernement de Guillaume d’Orange ne valait guère plus, au point de vue colonial, que celui de ses prédécesseurs. Mais l’insouciance et l’indifférence pour les choses d’Amérique étaient encore telles, que les colons purent jouir de leur reste, de ces quelques années qui devaient s’écouler encore avant que commencent les grandes luttes, luttes ruineuses et sans gloire contre les Indiens et les Français, lutte fratricide et désespérée contre l’Angleterre, qui rempliront tout le xviiie siècle et vont ensanglanter les fertiles campagnes et les villes naissantes du nouveau monde.

Nous nous représentons facilement les cultures du Sud et les riches maisons des planteurs ; nous avons plus de peine à nous figurer les modestes demeures du Nord, la petite ferme bâtie avec des troncs d’arbres et de la terre séchée et couverte de chaume. Elle s’élève à peu de distance d’un village. Sa façade est tournée vers le soleil, qui pénètre parcimonieusement par les étroites fenêtres faites de grossiers morceaux de verre ou de papier huilé ; au centre se trouve la cuisine avec ses poteries, sa grande pendule à balancier et son plafond rugueux, très bas, encombré d’herbes et de graines qui sèchent, tandis que, dans un coin, la provision de pommes est entassée. La prudente ménagère entretient avec des soins de vestale le feu du foyer, parce qu’on n’a point d’allumettes et que c’est toute une affaire quand il vient à s’éteindre. Il y a aussi un four de briques où se cuit lentement ce rye and Indian bread, dont la Nouvelle-Angleterre fait ses délices. Près de la cuisine se trouve la best-room, qui ne s’ouvre que dans les grandes occasions. Là sont conservés religieusement les bibelots qui rappellent le vieux pays, quelques portraits d’ancêtres, quelques paysages d’outre-