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194 LA REVUE BLANCHE


Les tableaux de M. Pissarro n’auraient été si peu disputés que parce qu’ils sont faits un peu au hasard, comme d’une fenêtre, le public n'étant juge ni de leur qualité ni de leur charme.

Les exemples, nous assure-t-on, ont été pris entre des tableaux de même taille et «l’égale valeur chromatique : les Sisley aussi bons les uns que les autres, les Lebourg aussi... mettons quelconques.

Les voitures des brillants visiteurs du Cercle de la rue Boissy-d’Anglas ont gêné toute la quinzaine la circulation sur un coin de la place de la Concorde.

L’ordre se rétablit.

Des toilettes de plus en plus rares et de moins en moins fraîches circulent devant un petit nombre de toiles élégantes et de sculptures chic qu’on a su trier.

M. Sisley fait à la galerie Petit une exposition très importante de paysages.

Cent cinquante tableaux aux murs s’ils ne composent pas toute son œuvre, en donnent du moins une idée complète. Peut-être même y on a-t-il trop et faut-il accuser cette abondance d'une impression de monotonie, d’ennui dont il faut se défendre pour prendre la peine — du moins elle n’est pas perdue — de considérer à part chacun des morceaux. Si on avait groupé les paysages si divers d’après un système, classement historique ou arrangement de panneaux, et qu’on se fût montré plus sévère dans le choix des objets à exposer — quelques-uns pour représenter les manières successives eussent suffi — on eût, loin de diminuer leur plaisir, évité aux visiteurs de la fatigue.

M. Sisley apparaît un paysagiste un peu limité mais charmant. Si on ne peut louer en son art plus qu’une vision jolie, un goût aimable, des qualités d’observateur menu, mais raffiné, un souci ingénieux de composition ; si on ne lui accorde ni l’enchantement d’un Renoir ni la puissance et la maîtrise d’un Monet ni son éclat, ni le charme plus subtil et plus rare d’un Pissarro ; si, plus qu’un autre, il pâlit auprès de Cézanne, on lui doit cette justice qu’il se maintient agréablement parmi les paysagistes ses contemporains.

Il faut reconnaître encore qu’avant l’adoption de théories et de procédés que, pour n’avoir pas inventés, il n’applique pas moins très honorablement, il s’était révélé déjà doué infiniment. Chacun de ses tableaux, qu’il date de 72 ou de 95, vaut d’être examiné et à quelques-uns des plus anciens comme des plus récents il-arrive qu’on peut prendre un plaisir extrême.

Dommage qu’on se soit montré si avare, rue de Sèze, de ces pastels d’animaux où le peintre excelle.