Page:La Revue blanche, t20, 1899.djvu/332

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culture, ni à son commerce, ni à son exploitation industrielle. Elle n’a pas créé les chemins de fer les plus urgents, elle n’a pas davantage assuré la navigation sur les fleuves. Elle n’a su d’ailleurs assurer sa domination sur les noirs que par l’exercice d’une cruauté sans exemple. Enfin sa gestion financière était, d’ailleurs, défectueuse et s’est soldée par des dépenses toujours grandissantes.

En présence de pareils résultats, la conclusion qui s’impose, c’est qu’une telle administration était, pour une nation civilisée, la pire des hontes et qu’il était urgent d’y mettre au plus vite un terme. Il faut désormais, à la tête d’une sérieuse administration civile, un gouverneur d’une autorité reconnue et d’une fermeté inébranlable, sous les ordres duquel l’élément civil et l’élément militaire assureront, d’une part, l’administration et la mise en valeur méthodique, d’autre part, la sécurité et l’ordre. Les territoires récemment conquis étant comme dans le sud algérien, constitués en zone militaire, n’en seront pas moins sous l’autorité directe du gouverneur de la colonie.

Il est évident que pour qu’un tel régime puisse porter des fruits, il faut que l’administration centrale ne soit pas désarmée vis-à-vis de l’élément militaire : il faut une armée coloniale entre les mains du ministre des colonies. Sans cela, au Soudan, plus que partout ailleurs les militaires feront surtout œuvre d’insubordination. En somme, l’ultime conclusion de cette étude peut être celle de bien d’autres, à savoir qu’il est grand temps d’en finir avec l’opposition, sourde en France, ouverte aux colonies, haineuse et incessante partout, de l’élément militaire contre les pouvoirs civils.

Jean Rodes