Page:La Revue blanche, t22, 1900.djvu/489

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Messaline

VI

le priape du jardin royal[1]

Oriens murrhina mittit. Inveniuntur enim ibi pluribus locis, nec insignibus, maxime Parthici regni : præcipua tamen in Carmania. Humorem putant sub terra densari.
C. Plinii Secundi Nat. historiæ lib. XXXVII, 8.

L’escalier, dont la spire se déroulait comme vers une chambre encore plus secrète et close, se tronçonnait soudain au sommet d’une colline rase, où il sortit, ainsi qu’une langue, Messaline et son manteau de pourpre, hors d’une trappe, parmi le désert du jardin.

Elle n’eut pas plus de surprise du changement qu’à ses passages, lesquels n’avaient qu’une double porte à franchir, de sa chambre à coucher du Palatin, toute fraîche de sa sieste, au tumulte solaire du Plus-Grand-Cirque.

De même que l’escalier ne s’était point terminé, la colline l’échancrait, sans prévenir les pas, d’une faille immense et que l’on découvrait — en en scrutant le pourtour bien loin, d’où il revenait au moment où on croyait le perdre — concave et qui aurait fait penser à un cratère, si ce cratère n’avait été plutôt ovale que circulaire, et de tout point semblable à un amphithéâtre.

C’était l’hippodrome de Lucullus.

Et comme l’acquéreur moderne, dans une banlieue, d’un tout petit parc, laisse dessécher, s’il a d’autres soucis, le bassin des poissons rouges, l’Asiatique n’avait point fait attention à cette mare derrière ses futaies, et par la même négligence qu’il aurait permis aux herbes folles d’y enchevêtrer leur paraphe, il avait abandonné l’arène à perte de vue au creux du cirque de cent mille places, au caprice ordonné des jardiniers.

  1. Voir La revue blanche des 1er et 15 juillet 1900.