Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/138

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Je ne fis pas un geste ; mais je décidai que si jamais les funérailles du frère du commissaire-priseur avaient lieu, au cours de mon séjour dans le territoire, j’interromprais tout autre amusement pour y assister.

Après un galop de vingt-sept kilomètres, le jeune Californien et le véritable tampon mexicain se ruèrent de nouveau en ville, répandant des flocons d’écume pareils aux embruns qui jaillissent à l’avant d’un typhon et, avec un bond final par dessus une brouette et un Chinois, jetèrent l’ancre en face du « ranch ».

Quel pantèlement et quel halètement !

Quel épanouissement et quelle contraction des rouges narines équines et quel flamboiement des sauvages prunelles équines ! Mais la bête impériale était-elle subjuguée ? Non, en vérité. Sa Seigneurie le président de la Chambre crut qu’elle l’était et la monta pour se rendre au Capitole ; dans son premier élan, l’animal franchit une pile de poteaux télégraphiques moitié aussi haute qu’une église, et son temps jusqu’au Capitole, un mille trois quarts, reste imbattu jusqu’aujourd’hui. Il est vrai qu’il prit un avantage déloyal, il négligea le mille et ne fit que les trois quarts, c’est-à-dire qu’il coupa droit à travers les terrains des particuliers, préférant des palissades et des fossés à un chemin tortueux. Quand le président arriva au Capitole, il dit qu’il avait été tellement en l’air qu’il avait la sensation d’avoir fait le trajet sur une comète.

Dans la soirée, le président revint à pied pour prendre de l’exercice et fit remorquer le Véritable par une charrette de quartz.

Le lendemain, je prêtai l’animal au questeur de la Chambre qui désirait se rendre à la mine d’argent de Dana, à neuf kilomètres : lui aussi il revint à pied pour prendre de l’exercice et fit remorquer le cheval. Toutes les personnes à qui je le prêtais revenaient toujours à pied ; elles ne pouvaient jamais faire assez d’exercice autrement. Cependant je continuai à le prêter à tous ceux qui voulaient l’emprunter, mon plan étant de le faire estropier et de le repasser à l’emprunteur ou de le faire tuer et de le faire payer par l’emprunteur. Mais, malgré tout, il ne lui arriva jamais rien. Il courut des risques auxquels jamais cheval ne survécut et il en sortit toujours sain et sauf. Il avait l’habitude journalière de tenter des expériences qu’on avait toujours considérées comme impossibles et toujours il réussissait. Quelquefois il se trompait légèrement dans ses calculs et n’en tirait pas son cavalier intact, mais lui, il s’en tirait toujours.