Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/155

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HIPPOMOBILISME


Il nous est arrivé de gravir la pente de l’avenue du Trocadéro dans un tramway hippomobile afin d’en observer le fonctionnement. L’appareil, traîné par deux chevaux, était précédé en outre par un troisième qui se prélassait sans tirer et dont nous n’avons pu d’abord deviner l’usage. En peu d’instants, ainsi qu’il est fréquent, paraît-il, le véhicule destiné à monter la pente la redescendait malgré lui à rebours, à une allure uniformément accélérée, entraînant les trois solipèdes. Le cocher, sur son siège élevé, était impuissant à rien faire, en proie à ce vertige, dû à l’air raréfié et bien connu des alpinistes, que l’on constate aux hautes altitudes. Mais le premier cheval, avec un instinct merveilleux, s’accroupit sur son séant, improvisant un frein efficace.

Nous comprenons maintenant pourquoi, dans les rues escarpées que fréquentent volontiers, à l’instar du bouquetin et du chamois, les omnibus, ceux-ci, par une louable prudence, s’adjoignent un cheval de renfort, à la montée parfois mais toujours à la descente. C’est dans ce dernier cas seul qu’il est indispensable.

Alfred Jarry