Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/367

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heures. Nous vidâmes la pirogue et nous allâmes leur chercher de la nourriture et des couvertures. Et nous dûmes coucher encore une nuit à l’auberge avant de faire une nouvelle tentative de départ.

Au matin, quoiqu’il neigeât toujours furieusement, nous montâmes à cheval et nous partîmes. La couche de neige était si épaisse sur le sol qu’il n’y avait pas trace de route, et le déluge de neige était si épais, que nous ne pouvions voir à plus de cent mètres devant nous ; autrement, nous aurions pu nous guider d’après les chaînes de montagnes. Le cas semblait scabreux ; mais Ollendorff déclara que, son instinct étant aussi impressionnable qu’une boussole il se chargeait de mettre le cap à vol d’oiseau sur la ville de Carson sans risque de se tromper. Il prétendait que, s’il venait à s’écarter d’un seul point du compas hors de la ligne droite, ledit instinct l’assaillirait comme une conscience outragée. En conséquence, nous nous rangeâmes derrière lui, heureux et contents. Pendant une demi-heure, nous poussâmes de l’avant avec assez de circonspection, mais au bout de ce temps-là nous arrivâmes sur une piste fraîche et Ollendorff cria fièrement :

— Je savais bien que j’étais aussi sûr de moi que d’une boussole, les enfants ! Nous voici justement sur les traces de quelqu’un qui va débrouiller la route sans que nous nous en donnions la peine. — Dépêchons-nous de rejoindre ces gens.

Nous mîmes donc nos chevaux au trot, autant que la profondeur de la neige le permit et bientôt il devint évident que nous gagnions du terrain sur nos prédécesseurs, car leurs empreintes devenaient plus distinctes. Nous fîmes diligence et, au bout d’une heure, les traces semblaient toujours plus récentes et plus fraîches ; mais ce qui nous surprit, c’est que le nombre des voyageurs en avance sur nous paraissait croître avec persistance. Nous nous étonnions qu’un groupe de gens aussi considérable se trouvât à voyager en un pareil moment et dans une pareille solitude. L’un de nous insinua que ce devait être une compagnie de soldats du fort : nous acceptâmes donc cette explication et nous nous trimballâmes encore un peu plus fort, car ils ne pouvaient plus être bien loin. Mais les pistes se multipliaient toujours et nous commencions à croire que le peloton de soldats était en train de s’épanouir miraculeusement en un régiment. Ballou dit qu’ils montaient déjà à cinq cents. Tout d’un coup, il arrêta son cheval et s’écria :

— Les enfants ! ce sont là nos pistes, à nous, et nous sommes positivement à tourner et à tourner en rond depuis plus de deux