Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/541

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abstraction des goûts de l’écolier, de ses particularités, de sa personnalité. On ne s’étonnera plus de voir trente ou quarante élèves, différant beaucoup les uns des autres au point de vue de la curiosité, de l’intelligence et des aptitudes de toutes sortes, débiter en classe les mêmes paroles, résoudre les mêmes questions et progresser, durant cinq ou six ans, avec la même allure. C’est bien cette uniformité qui règne dans les écoles de notre époque. Or, j’ai essayé de montrer, et il m’eût été facile de compléter ma démonstration, que les vérités enseignées par les pédagogues sont presque toutes sans aucune valeur éducative. On oblige l’enfant à retenir les paroles et les actions des autres ou, simplement, tous les noms qu’ils ont donnés aux choses, mais on ne lui donne pas la force qui lui permettrait de vivre avec joie sa propre vie. L’école n’a pas le temps de faire une besogne utile parce qu’elle consacre presque toutes ses heures à une besogne inepte. Est-ce une excuse ?

L’écolier représente l’ignorance, l’imperfection, l’humanité. L’école a la prétention de symboliser le vrai, la vérité « scientifique », le Bien, le Parfait. On met ceci au-dessus de cela !

Le mot Absolu est dénué de signification. Sans doute on peut nommer « soif de l’Absolu », ou « tourment de l’Unité », ou « sentiment religieux », d’un autre nom encore, ce besoin qui est en nous de reculer toujours plus loin les limites de notre pensée ; nos élans vers des au delà qui fuient sans cesse et notre désir fou d’absorber l’univers. Mais seul, ce besoin est réel : il est la caractéristique de la vie, toujours envahissante. Ceux qui veulent affirmer davantage, ceux qui ont la prétention de « concevoir » un Infini réalisé, d’ailleurs tout à fait inconcevable, en arrivent fatalement à ravaler l’imperfection humaine, à diminuer les êtres nouveaux et à retarder l’époque où vivra sur la terre, sans respect et sans crainte, l’homme sincère et libre.

H. Roorda van Eysinga