Page:La Revue blanche, t27, 1902.djvu/616

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Poèmes


[Les poèmes dont nous donnons ici la traduction ont été écrits par de jeunes lettrés chinois, à propos du Livre de Jade, dont Mme Judith Gautier vient de donner une nouvelle édition.]

A madame Judith Gautier

Fils de l’Asie, voyageant sous l’autre hémisphère du ciel,

J’ai rencontré une incomparable poétesse

Dont la parole, à peine envolée, émotionne ceux qui l’entendent

Comme si, tout à coup, à travers les fleurs, soufflait la brise printanière.

Dans les jours anciens, noire poète Sian-chun fut célèbre jusqu’au delà des frontières :

Le petit peuple Khi-line, aussi loin de lui que nous le sommes l’un de l’autre, estimait ses œuvres au plus haut point.

Je ferais comme faisait ce peuple, si je possédais quelques-unes de vos belles poésies :

Je m’empresserais de les envelopper dans le long voile de mousseline verte, afin de les conserver intactes, toujours.

J’ai eu la même ambition que Tchoun-tchouan qui voulut parcourir le monde au gré du vent.

Mon voyage a été réalisé et l’Occident ne m’a pas déçu.

Après tout ce que l’immense Océan a déroulé devant mes yeux,

Je peux, aujourd’hui, ne pas chanter uniquement notre Fleuve Jaune.

Mais le renouveau aiguillonne trop vivement l’imagination du dépaysé…

Pourquoi, sans fin et partout de même, le printemps s’effeuille-t-il pour refleurir encore ?…

Ah ! laissez-moi vous demander de m’éclairer

L’énigme de la vie et le pourquoi de ses charmes !


Tchen-che-ty,
Attaché à la légation impériale de Chine.

Paris, mars 1902.