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Page:La Sylphide, revue littéraire, 1897.djvu/72

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Ainsi j’étais heureuse et fière ;
Aujourd’hui parmi les regrets
Je languis triste et prisonnière
Sur le lit glacé de Cérès !…

Mais, hélas ! d’où vient que ma lyre
Rend de si douloureux accords ?…
Je veux chanter… Ma voix soupire,
Pareille à la flûte des morts…
Pourtant une aube fortunée
Doit se lever sur mon destin
Et de la robe d’hyménée
Les chastes plis couvrent mon sein…

De la tendresse maternelle,
Mon cœur sentira les élans ;
Bientôt je verrai, sous mon aile,
Mon fils former ses pas tremblants.
Frêle oiseau ! Que jamais sa vie
Ne connaisse l’exil cruel,
Comme moi, colombe ravie
Aux douceurs du nid paternel !…

Que ne puis-je suivre les traces
De mon père et de mon époux !…
Ah ! si j’implorais à genoux
Le chœur des Muses et des Grâces…
Mais non, j’outragerais les droits
D’un Dieu que je connais à peine :
Adorons sa loi souveraine,
Et reposons-nous sur la croix !


Gabriel Monavon

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