Page:La chanson de Sainte Foi d’Agen.djvu/84

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XXXVII. — Le peuple soupire, pour tel tourment [380] qu’ils lui voient endurer sans fraude : homme qui aurait atteint l’âge de cent ans ne l’aurait jamais souffert plus grand. Les Basques, qui sont d’Aran, en sifflent ; ils disent : « Pour rien, qu’elle ne s’en aille vivante [385] » ! Ils la dressent en pied, en la tirant du feu. L’un d’eux leva l’épée flamboyante ; tel coup sur la tête il lui donna du glaive, qu’il en sépara toute la tête en tranchant, comme fit faire Hérode à saint Jean [390].


XXXVIII. — Le corps resta tranché et coupé, tout comme le glaive l’a tué ; de l’âme sont les anges réjouis : avec joie ils l’emportent et avec des rires ; tout le Paradis en est allègre [395], et les saints qui y étaient assis. Je ne dis pas mensonge, il me semble, si par oubli je n’y ai fait méprise, car à sages hommes je m’informai, et de lettrés je l’appris [400] : comme garant je vous produis saint Denis.


XXXIX. — Maintenant vous entendrez un mot plein d’horreur : le sang en terre fit grand ruisseau ; les survivants ne l’osent ensevelir, car le félon le défend par sa violence [405]. En terre ils lui firent un nid pareil à celui que fait l’autruche en été. Et donc ils pleuraient très pieusement, car ils n’avaient pas la commodité de faire mieux. Dolents ils restent et misérables [410] ; ils ont grand peur que le mal ne récidive, et ils ont angoisse comme hommes fugitifs.


XL. — Cette sépulture tint jusqu’à ce que cessât cette rancœur. La chair a une odeur d’autant meilleure qu’elle mûrit davantage [415]. Jamais ver n’y fit la moindre rayure ; en la tête paraît la peinture du sang : elle l’a toute vermeille à la jointure. Mort fut cet homme plein de folie, qui outrageait le droit de Dieu [420]. Le monde renaît par nature ; tout bien revint en sa mesure, et le fou souffre sa grande peine dans le feu. Comme le fait des païens empire, celui des Chrétiens s’améliore entièrement [425]. Alors saint Dulcide en prit souci, et pour Dieu il s’acquitte de l’épiscopat. Il fit appareiller la dure pierre de marbre afin d’y coucher la sainte en sûreté. Il tailla artistement le couvercle [430] : il y fait sculpture du martyre. Plus tard, par une nuit très obscure, deux moines y firent ouverture, en tirèrent le corps par grande habileté ; à Conques, on l’a sainte et pure [435], et on y lit cela en écriture.