Page:Laberge - Le destin des hommes, 1950.djvu/142

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LE COLOSSE


Juché sur un tabouret devant le comptoir de la cafétaria, M. Isidore Lafleur venait d’avaler sa dernière gorgée de café et il allait faire signe au garçon de lui apporter sa note, lorsqu’un nouveau client vint s’asseoir sur le siège voisin du sien. C’était un colosse vêtu d’un coupe-vent en cuir, d’une culotte en velours à côtes et coiffé d’un feutre brun. En apercevant ce splendide spécimen d’humanité, M. Lafleur se ravisa, examinant l’homme de la tête aux pieds avec un vif intérêt. Alors, comme le serveur en tablier blanc s’approchait : « Une autre tasse de café » ordonna-t-il. Et tout en prenant son breuvage à petits coups, il continuait de regarder le jeune géant. Un gaillard de six pieds deux pouces environ, pesant deux cents livres, avec une abondante chevelure noire, des traits réguliers, des dents blanches et saines, une solide charpente d’os et de muscles, avec des poignets semblables à des bielles de locomotive et d’énormes mains velues. L’un de ses poings fermé reposait sur le comptoir et faisait songer à une massue. M. Lafleur résuma mentalement son impression : Une puissante brute humaine. Il avait fini de vider sa seconde tasse de café et il contemplait encore le colosse.

— Vous avez de l’argent dans ces poings-là, fit-il en s’adressant à l’étranger.