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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

ra tristement : Je me doutais bien qu’elle ferait comme sa sœur et sa cousine et qu’elle prendrait le voile. Que le Bon Dieu l’éclaire et nous aide.

Mariette assembla quelques effets dans une petite valise et le jeudi matin elle partit pour le couvent. Elle laissa ses vieux parents, quelqu’un qui l’aimait à la folie, et la vieille maison en pierre des champs entourée de fleurs et de pommiers, et elle partit pour entrer au noviciat à Montréal.

Là-bas, elle mit de côté la modeste toilette qu’elle portait à son arrivée et elle endossa l’austère vêtement noir des religieuses. Et elle accomplissait des besognes pénibles, dures, basses, fatigantes, imposées afin de la former à l’humilité et à la patience. Elle balayait les pièces, époussetait, lavait, cousait, nettoyait la vaisselle, peinturait même.

Un mois plus tard, sa mère succomba brusquement à une syncope. On mourait presque toujours de maladie de cœur dans sa famille

Mariette pensa tristement à sa mère disparue, à son père seul désormais. Cela l’affligea un moment.

— Mais qu’y puis-je ? se dit-elle. C’est la volonté du Bon Dieu. Il faut se soumettre.

Six mois plus tard, elle apprenait que son père s’était remarié. Il avait pris une vieille fille acariâtre, hargneuse, emportée, qui le maltraitait, le faisait beaucoup souffrir.

— Ce sont des épreuves que la Providence m’envoie, se dit-elle. Et elle voulut les accepter avec douceur.¸

Elle sut aussi que Robert Martel était malheureux, désespéré, à moitié fou. Il inspirait la pitié à toute la paroisse.

Mais Mariette était entrée en religion, le Seigneur