Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/143

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DERNIER AMOUR


À Lucien Desjardins.


QUE deviennent les femmes que nous avons aimées ? Quelle est leur destinée banale, étrange ou tragique ? Celles-là dont la pensée remplissait notre cœur, le faisait battre avec violence, dont l’image illuminait nos jours, dont la caresse était notre raison de vivre, quelle voie ont-elles suivie lorsqu’elles se sont détachées de nos bras ? Après les ruptures parfois brutales, souvent douloureuses, quels nouveaux liens ont-elles formés, quelles nouvelles figures vont-elles éclairer ? Quels désirs font-elles germer ? Quels nouveaux serments prononcent-elles ? Où se porte leur caprice, leur cœur las ou meurtri ? Quelle vie paisible ou agitée mènent-elles ? Dans quelle chambre luxueuse ou sordide, finissent-elles leur existence ? Dans quel coin du monde dorment-elles leur dernier sommeil ?

Adrien Clamer se posait mélancoliquement ces questions, car il était vieux et seul. Mais il avait été jeune et il avait aimé. Certains jours, sa mémoire évoquait devant lui des figures de jadis, mais maintenant, son cœur était calme, vide, désert. Il n’y restait plus que la cendre grise et froide des passions qui l’avaient autrefois ravagé.