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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

Justement, Paul et Ti Fred qui travaillaient au village vinrent le soir voir leur mère qu’on leur avait dit être à la dernière extrémité.

Délima parla de la robe.

— Ben, moé, j’ai pas d’piasse à donner, déclara Paul. J’en ai pas assez pour moé. Faut rien me d’mander.

— Moé, j’passe aussi, proclama Ti Fred qui d’ordinaire occupait ses soirées à jouer aux cartes dans l’arrière boutique du barbier.

— Comme ça, c’est les deux filles qui vont être obligées d’habiller leur mère ? demanda Délima furieuse.

— T’es pas obligée d’habiller personne à part de toé, riposta Paul.

Et la discussion finit là.

Dans la soirée, Zéphirine pensa aux remèdes donnés par le médecin.

Elle versa une cuillerée du contenu de la fiole et s’approchant de sa mère tenta de lui faire avaler la drogue. Le liquide brunâtre teignit la lèvre inférieure et dégoulina sur le menton. Puis, la vieille pencha un peu la tête de côté et, avec une grimace, bava sur le couvre-pieds le peu de liquide qu’elle avait dans la bouche.

— Alle en veut pas de r’mèdes, dit-elle à sa sœur. D’abord, puisqu’elle est pour mourir, alle mourra ben sans r’mèdes.

— Ben certain, affirma Délima. Pis, puisque ces sans cœur de Paul et de Ti Fred veulent pas payer pour la robe, faudra l’acheter quand même et sans attendre. Demain matin après le déjeuner, j’irai en acheter ane au village. On la paiera à nous deux.

— Faut ben, conclut à regret sa sœur.