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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

lorsqu’Aurélier lui demandait son terme, Rabotte répondait :

— Vous comprenez, j’ai pris mes vacances. Ça m’a cassé. Les billets de chemin de fer, la pension, les habits, les costumes de bain, les petites dépenses, ça monte vite. Prenez patience, je vous paierai le mois prochain. Puis vous devez pas avoir besoin d’argent, vous, vous êtes riche.

Puis, une fois qu’on est en retard pour un mois de loyer, pourquoi se priver de tout pour s’acquitter ? Alors, souvent, l’on était deux et même trois mois en retard.

Parfois, Aurélier avait la mine inquiète, anxieuse.

— Il se fatigue trop à travailler, cet ambitieux-là, disait Rabotte à sa femme.

Maintenant, les affaires allaient mal. Les maisons de commerce, les magasins, les manufactures, les usines diminuaient leur personnel, baissaient les salaires. Même, nombre d’établissements fermaient leurs portes. Décidément les perspectives étaient sombres. Des milliers et des milliers de gens étaient sans travail, sans ressource aucune. Partout, c’était la même chose. De toute nécessité, les autorités durent intervenir pour protéger les malheureux, les indigents. On leur alloua des secours et, naturellement, les taxes furent augmentées. En l’espace de quatre mois, le salaire de Rabotte fut diminué deux fois. Aurélier, vit aussi ses appointements considérablement rognés. Deux de ses locataires, deux ouvriers, furent congédiés, devinrent chômeurs. Aurélier avait une figure fort soucieuse. Depuis le commencement de la crise, sa femme avait cessé de travailler, le salon de coiffure qui l’employait n’ayant plus besoin de ses services.

Puis, un samedi soir, le patron de l’épicerie Lareau annonça à Rabotte qu’il ne pouvait plus le garder. Il était