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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

quintes de toux. Lorsqu’il s’arrêtait, il était rendu à bout de souffle. Et il crachait le sang.

Passant un jour devant la demeure de son malade, le médecin s’avisa d’entrer pour s’informer de son état. La mère finissait justement de faire son ménage.

Toutes les chaises étaient à leur place, pas un grain de poussière sur les meubles, pas un torchon qui traînait, et les planchers d’une propreté irréprochable. C’était une maison bien propre, bien tenue. Tout P’tit était assis dans une berceuse dans sa chambre. Dans l’ombre, sa figure avait un aspect cadavérique. D’un coup d’œil, le médecin comprit qu’il n’y avait rien à faire. Son malade était condamné. Tuberculose très avancée.

— Mais il faudrait qu’il occupe une autre chambre que celle-ci au moins, fit le médecin. Ici, il n’a ni air ni soleil. Faudrait le loger ailleurs.

Après quelques questions, il s’en allait. Il partait un peu démoralisé lui-même, car c’était un médecin qui tenait à guérir ses malades, du moins à les prolonger et il se sentait triste lorsque ses conseils étaient négligés. La figure soucieuse, il traversait le long couloir suivi de la mère. Devant une porte fermée, à l’avant de la maison, il s’arrêta un moment.

— Cette chambre, qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il.

— Ça, répondit d’une voix respectueuse Mme Prouvé, c’est le salon.

Alors, le médecin poussa la porte et entra. C’était très sombre, comme dans une chambre mortuaire, mais il avança quand même. Il écarta les rideaux, ouvrit les volets et le chaud soleil d’août entra à flots, inondant la pièce de lumière.