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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

et qui faisait son faraud. Il était v’nu passer ane semaine su des parents et il se promenait dans un p’tit berlot rouge tout neuf. Pis il avait un bel attelage avec des grelots argentés. Il était ben greyé vrai. Avec ça, il avait un bon cheval, mais c’était un gas vaillant et qui cherchait trop à s’en faire accreire. Il s’en allait sur la route au p’tit trot. Vous étiez en arrière. Vous vouliez le dépasser. Juste quand il vous voyait à côté de son berlot, il touchait son cheval et c’était ben le guiabe, mais vous n’arriviez jamais à passer en avant. Il vous r’gardait en riant, il vous narguait. Il avait ane bonne bête et il le savait. Oui, et ben, le pére entend parler de ça. Il s’en vient à l’hôtel et il va voir Jérémie. Ils jasent tous les deux. Alors, le soir, comme le gas de Sorel rentrait d’ane promenade et qu’il faisait dételer dans la cour, v’là Jérémie qui commence à réciter sa leçon.

— Vous savez, j’pense que vous pourriez faire quelques piasses ben facilement, si vous vouliez.

Alors, l’autre ouvre les oreilles.

— Oui, il y a un vieux icite qui s’imagine que son cheval est le champion de la place. Il est toujours prêt à gager ce que vous voulez sur ane course. Maintenant, son cheval est pas pire, mais d’après ce que j’ai entendu dire, j’cré ben que le vot est meilleur. Pis, ajouta Jérémie en souriant, si vous gagnez ques piasses j’pense ben que vous m’oublierez pas.

— Oust-ce qu’il est ce vieux-là ?

— Oh, il vient icite tous les jours prendre son coup. Si vous voulez le voir, je vous avertirai.

— C’est bon, c’est bon, fait le gas de Sorel.

Alors, le lendemain, le pére était là à prendre son verre de gin quand mon jeune s’amène. Pis tout s’d’suite,