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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

verres de gin au moins et, à cette vue, il se sentit tout allumé.

— J’changerais ben de place avec lui pour quelques minutes, fit-il, l’œil enflammé, en regardant la jeune femme. Inconscient de son geste, il tendit le bras et, prenant le sein gonflé, le pressa dans sa main ! Ane belle quétouche ! s’exclama-t-il.

Un cri indigné :

— Cré effronté !

Et flac.

D’un mouvement rapide, Valentine se penchant de côté avait saisi la couche souillée qui gisait à côté de sa chaise et l’avait lancée en pleine figure de Claude.

La jeune femme était insultée.

— Vas-t-en, salaud ! Vas te dessaouler ! Non, mais ça prend-il un effronté pour venir m’attaquer comme ça ! Pis garde-là la couche que j’ai pris ton portrait avec. Garde-là comme souvenir !

— Torrieu, vous êtes pas manchotte ; vous visez juste ! s’exclama Antoine Le Rouge.

Le nez, les joues, le menton couverts d’excréments, Claude, gauche et confus, sortit au dehors et s’en alla se laver au puits, enlevant avec son mouchoir les immondices qui lui couvraient la face.

Dans la cuisine, les femmes jacassaient ferme. Valentine avait reboutonné son corsage.

Dans la salle, les hommes mangeaient avec appétit. Le gros Pilonne avait comme voisin de table, à droite, Philorum Massais, fils aîné du fermier Noé Massais. C’était un garçon de vingt-cinq ans, très brun et court. On avait servi à chacun une généreuse grillade de porc frais avec des pommes de terre et du thé.