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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

— Il y a des p’tits hommes qui sont surprenants, remarqua-t-il, en s’adressant à Massais.

Ce dernier et son compagnon se bourraient, s’empiffraient à crever. C’était à qui des deux surpasserait l’autre. Soudain, Médée se leva, s’en alla à la cuisine et revint avec deux bouteilles de bière qu’il plaça devant les deux gargantuas.

— Si jamais tu deviens veuf, je te donnerai ma fille en mariage, déclara Pilonne en se versant un verre.

Il mangeait, il buvait et il toussait, arrosant ses voisins de grains de salive.

— Ane autre tranche ? interrogea Pilonne en s’adressant à son jeune voisin.

— C’est pas de refus.

Et de nouveau, ils se coupèrent un copieux morceau de rôti froid.

— Pour un p’tit homme, vous êtes extra. J’me demande où vous mettez tout ça, fit Pilonne.

— Mangez, pis inquiétez-vous pas de ça, riposta Massais.

Médée retourna chercher deux autres bouteilles de bière.

Entre le gros et le petit, c’était un concours à qui mangerait le plus. Les autres qui avaient fini depuis longtemps se passionnaient pour cette rivalité. Soudain, Pilonne, d’un geste sec, repoussa devant lui son couvert encombre de victuailles. Il avait fini, comme cela, brusquement. Le petit l’emportait. Lui, il vida complètement son assiette et se servit ensuite une tranche de pâté aux pommes.

— À cet’heure, on va pouvoir attendre le dîner, déclara-t-il.