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VISAGES DE LA VIE ET DE LA MORT

sur la véranda, derrière l’écran formé par le houblon, pendant que son amie vaquait aux petits travaux de la maison. Les heures coulèrent lentes, mornes, difficiles. Puis, il y eut le dîner. Le repas fini, ils montèrent à leur chambre et s’assirent sur le bord du lit. D’une main molle, elle le caressait de façon indifférente, pour passer le temps. Il se sentait exaspéré mais ne voulait pas éclater. Il la regardait comme on regarde une personne qu’on voit pour la dernière fois et il pensait à toutes les heures passées avec cette femme, à toutes ces heures finies. Cette liaison avait trop duré. Il était las, infiniment las, écœuré. Il aurait voulu être loin. Le taxi devait venir le chercher à trois heures. L’attente serait encore longue. À côté de lui, sur le bord du lit, Louise continuait de le caresser machinalement, sans conviction. Il n’était pas encore deux heures lorsqu’on entendit arriver une voiture. L’instant d’après, quelqu’un frappa à la porte.

— C’est Lacoste. Il est bien pressé, dit-elle. Tiens, un cheveu sur ton pantalon. Ne l’apporte pas.

Du bout des doigts, il l’enleva, le regarda. Un long cheveu blanc. Il se sentit tout triste, triste de la tristesse que cause la décrépitude de la femme que l’on a aimée. Et il songeait aussi que leur amour avait vieilli, était usé, n’était plus qu’un souvenir, une chose du passé.

— Mets ton habit avant de descendre, qu’il ne te voies pas en manches de chemise, dit-elle.

Il aurait pu la gifler.

Comme il allait prendre sa sacoche, elle s’approcha et avança les lèvres. Ils s’embrassèrent rapidement et il avait l’impression que c’était pour la dernière fois. Et pour tous deux ce n’était qu’un simple geste dénué de sentiment.