Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



L’ORAGE

À Paul de Martigny.



L’ON était à table pour le dîner chez le fermier Osias Marcheterre, du rang des Goîtres, à Saint-Polycarpe. Il y avait le père, Mélanie, la seconde femme du laboureur, et Phirin, le fils, un simple d’esprit, rude et solide gaillard né du premier lit.

Phirin prit la terrine de lait au centre de la table et s’en versa une tasse, mais si maladroitement qu’il en répandit une quantité à côté.

— Si tu n’es pas capable de prendre un vaisseau sans en renverser la moitié, tu pourrais bien demander lorsque tu as besoin de quelque chose, fit Mélanie agressive. Et, a-t-on jamais vu quelqu’un se servir de pétaques comme ça ? ajouta-t-elle en montrant l’assiette de Phirin dans laquelle étaient trois grosses pommes de terre. As-tu peur d’en laisser aux autres ? Si ça continue on va te faire manger dans une auge.

— Mélanie, farme-toué, commanda Marcheterre. Y a plein la cave de pétaques et i en mangera tant qu’i voudra.

— I en mangera tant qu’i voudra, mais i mange en cochon quand même, si tu veux le savoir.