Page:Laberge - Visages de la vie et de la mort, 1936.djvu/54

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DRAME SANS PAROLE



LE salon d’un hôtel de Rome, une fin d’après-midi, en septembre.

L’immense pièce avec ses larges et profonds fauteuils en velours brun est déjà sombre bien qu’il ne soit pas encore cinq heures. Et un lourd silence, un silence d’église alors que les fidèles sont partis, pèse sur le mobilier de luxe de ce palace. La salle est déserte si l’on excepte deux personnes, un homme et une jeune femme assis en face l’un de l’autre. L’homme, grand, mince, distingué, avec une physionomie expressive, une lourde bague d’or avec une figure de sphinx à son doigt, parle à mi-voix, mais avec âme. Il parle pendant une minute, deux minutes, regardant la femme devant lui. Il fait une pause, puis il reprend. On sent qu’il cause de choses graves, de choses qui influeront sur leur destinée. La tête penchée comme si elle était au confessionnal, la jeune femme écoute silencieusement. Parfois l’homme s’arrête, la regarde attentivement, comme attendant une réponse, mais elle reste muette, le front courbé. Par moments, le silence se fait profond, dramatique. Le masque incliné de la femme baigne dans l’ombre et l’on ne distingue que ses cheveux bruns ondulés, le nez d’une belle ligne, mais un peu gros, et la