Page:Labiche - Théâtre complet, Calman-Lévy, 1898, volume 03.djvu/344

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Isidore, à Carbonnel.

Non, monsieur, on n’a pas confiance en vous !

Il sort à la suite d’Elisa.


Scène III

Carbonnel, seul


C’est clair ! Voilà ce que c’est que d’aller au bal de l’Opéra ! Ah ! si jamais on m’y reprend ! Il y a quinze jours|c|je me promenais sur le boulevard… je m’amusais à compter les cafés…. Je rencontre Jules, un de mes amis… il me dit : "Vas-tu au bal de l’Opéra, ce soir ? — Non, je rentre… C’est dommage, j’ai un billet qui sera perdu… je vais en soirée. — Un billet perdu ! Donne ! j’irai un moment pour voir le coup d’œil…" J’achète des gants, je me fais donner un coup de brosse et j’entre… Je me promenais dans le foyer depuis cinq minutes, lorsqu’un domino me prend le bras. "Bonjour, Carbonnel ! — Tiens, tu me connais ? — Parbleu ! tu demeures rue de Trévise. — C’est vrai. — Ton salon est tendu en soie bleue, ta chambre à coucher en damas jaune… et ta cuisinière louche ! " Ce qui est parfaitement exact. Je me dis : "Plus de doute, c’est une dame de nos connaissances qui s’amuse à m’intriguer." Alors, pour la mettre au pied du mur, je lui décoche cette phrase : "Beau masque, veux-tu souper avec moi ? " Elle me répond : "Impossible, mon chat ! Je suis avec quelqu’un…" Il était évident qu’elle reculait… Je riposte : "Un petit déjeuner au champagne ? — Quand ? — Demain à midi, chez Brébant. — J’y serai !…" Et elle me quitte. Je rentrai chez moi avec l’intention de tout raconter à ma femme… parole d’honneur… mais elle dormait !…