Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/22

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prend tout à coup d’une folle passion, et qu’on abandonne en un jour de caprice après lui avoir tout sacrifié ; elle y est venue d’Angleterre avec le premier émigrant, comme une épouse, comme une mère, et depuis deux siècles rien n’a rompu, rien n’a altéré cette sainte union.

L’histoire de la révolution me préparait une surprise nouvelle. S’il est un nom souvent répété, dans les temps modernes, c’est celui de Washington ; mais comme on connaît mal ce grand homme quand on ne l’a pas étudié de près, dans ses actes et dans ses écrits ! Chose bizarre, il n’est pas de fondateur d’empire dont on parle avec plus de respect ; mais on reste froid devant cette noble figure. Dans cette vie, si belle par son uniformité même, il n’y a rien qui étonne nos imaginations méridionales. C’est pour les conquérants qui ont ensanglanté la terre et foulé aux pieds la liberté, que nous gardons notre admiration ; nous adorons ce sublime égoïsme ; pour Washington il ne nous reste plus que de l’estime, et nous ne comprenons pas encore qu’il n’y a de grandeur que dans le dévouement. Ah ! que Byron avait bien raison de s’écrier à la fin de son Ode à Napoléon :

Where may the wearied eye repose
When gazing on the great,
Where neither guilty glory grows
Nor despicable state ?