Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/448

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excès ; mais il ne désespère point de la liberté, et par une suite naturelle de cette charité chrétienne qui, pour les quakers, comme pour les catholiques, forme l’essence de la religion et de la vie, il n’admet point l’inégalité politique, parce qu’une telle inégalité ne peut entrer, suivant lui, dans les desseins de la Providence, qui a fait tous les hommes pour être amis, pour être frères.

Et maintenant, entre ces deux hommes, dont l’un assigne à la société pour fin dernière la propriété et donne tout aux propriétaires, et dont l’autre, devançant de si loin son siècle, a vu la fin de la société dans la liberté et le bonheur général, et s’en remet à tous du soin de défendre ce trésor commun, demandez-vous, je ne dis point quel est l’esprit le plus fortement trempé, mais quel est le plus profond politique ; leurs œuvres les jugeront. Locke le landgrave (je ne parle point du philosophe) n’a produit qu’une œuvre avortée ; au contraire, Penn le quaker a fondé un État riche, libre, florissant ; un État dont le nom, par une juste récompense, immortalise ce génie bienfaisant, qui eut confiance dans la liberté, et qui comprit l’humanité mieux que de plus grands politiques, peut-être parce qu’il l’aimait davantage.