Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/462

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nègre marron, tout officier de la force publique devait aussitôt poursuivre le misérable, et le saisir mort ou vif, avec une récompense de deux ou quatre livres. Toute personne blessée dans une de ces expéditions recevait une indemnité publique. Le fugitif était une bête sauvage dont il fallait à tout prix délivrer la communauté.

Alors même qu’elle ne craint pas la résistance ou la fuite de l’esclave, la loi est obligée de prendre des précautions contre tout ce qui pourrait éveiller des sentiments humains dans le cœur de ce malheureux. Plus cruelle que le droit romain, la loi de la Caroline n’accorde pas de pécule à l’esclave. Il lui est défendu de planter pour lui du blé, des pois, du riz, ou de posséder des porcs, du bétail ou des chevaux ; c’est lui donner l’idée de la propriété, et le pousser au vol, deux dangers dont le second n’est pas le plus grand.

Plus dur encore, un acte de 1740, destiné, est-il dit, à maintenir les esclaves dans une juste obéissance et à empêcher les maîtres d’exercer une trop grande rigueur, déclarait que les esclaves et leurs descendants seraient en servitude à toujours[1]. En d’autres termes, non-seulement on ôtait tout espoir au nègre, mais on privait le maître du droit d’affranchir même les enfants qu’il aurait eus d’une esclave, et cette disposition fut, plus

  1. Hildreth, t. II, p. 423.