Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/537

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taux accumulés depuis tant de siècles, vous trouverez un individu qui vous rappellera Robinson dans son île.

Le colon se suffît à lui-même, sans se soucier du reste du genre humain ; il se nourrit du blé qu’il a semé, du bétail qu’il élève, du gibier qu’il tue, du poisson qu’il pêche. Il s’habille de la laine ou de la peau de ses troupeaux, s’éclaire avec leur graisse, fume le tabac qu’il plante, boit le cidre de ses pommes, l’eau-de-vie de ses pêches, et sucre son café de seigle et de chicorée avec le sucre qu’il tire d’une variété de l’érable. Cet homme vit, comme autrefois les patriarches, sans argent, sans richesses, et toutefois dans une certaine abondance.

Peu à peu la civilisation s’approche, le pays se perce ; les communications devenues plus faciles, la population plus nombreuse, le grain se vend, le bétail s’exporte. Une maison de briques ou de pierre remplace la loge, et au lieu d’un émigrant misérable nous trouvons un propriétaire aisé.

Demandez-vous quels sont les sentiments, quel est le caractère de cet individu ? Evidemment, comme les premiers Romains, il n’estimera au monde que les vertus qu’il a pratiquées : le travail, l’économie, la patience ; il sera rude et loyal, attaché à cette terre qu’il a fécondée, indépendant des hommes qu’il ne connaît guère et dont il n’a pas grand besoin.