Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/113

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de doute ! — c’est Blanc-Blanc ! — Il le reconnaît à son aboiement ! Les animaux ont des voix aussi variées que celles des hommes. Il se précipite alors de son lit et ouvre vivement la porte. Le logis était dans la plus complète obscurité. Le chien ne fait qu’un saut dans la chambre, s’élance sur une chaise, en descend, saute sur le lit, et, par mille bonds désordonnés, témoigne à son maître sa joie de le revoir.

— Tais-toi, Blanc-Blanc, lui crie celui-ci. D’où viens-tu, polisson ? Attends, attends, va ! à bas ! à bas ! gueusard !

Et le chien de reprendre ses ébats, pendant que son maître cherche partout de quoi allumer une bougie. Dans ce temps-là, l’allumette chimique et allemande aspirait à détrôner le classique briquet, et Fumade, l’homme au nom prédestiné pourtant, voyait sa gloire pâlissante s’effacer devant les rayons de l’astre nouveau.

C’est surtout lorsque l’on a le plus besoin d’allumettes qu’on en trouve le moins à sa portée, et c’est aussi quand elles sont clair-semées dans la boîte qu’elles prennent le plus difficilement. L’émotion est trop forte et les ponctions faites d’une main mal assurée ne produisent aucun résultat. Cela ne manqua pas d’arriver à Lacenaire.

Après avoir épuisé jusqu’à sa dernière goutte de phosphore, il se trouva dans une obscurité plus épaisse encore qu’auparavant, et force lui fut de se remettre au lit sans voir son favori.

— Couche-toi là, vagabond, lui dit-il impérieusement, une dernière fois ; — couche-toi là !