Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/124

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frères sous ce rapport, et les compliments rimés de Lacenaire lui firent plaisir. Il remercia le versificateur et l’invita, comme de juste, à l’aller voir. Lacenaire profita de la permission, et vint assez souvent chez sa nouvelle connaissance. Ils s’entretenaient presque toujours du théâtre.

— J’aime votre jeu, disait-il souvent à Albert, il me remue et m’empoigne. Vous portez l’effet quelquefois un peu loin, il vous est même arrivé de l’exagérer, mais ce n’est pas un tort. Au théâtre, vous le savez, il faut frapper fort pour frapper juste. C’est Voltaire qui l’a dit, et j’aime mieux vous voir trop accuser les intentions d’un rôle, que de n’en pas faire saisir les nuances au public.

Enfin, après chaque création nouvelle de l’acteur, c’était, de la part de son admirateur habituel, des compliments chaleureux, entremêlés parfois de remarques justes et intelligentes. Du reste, toujours rigide observateur des convenances, plein de tact et de savoir-vivre, l’habitué de la maison n’y commettait jamais une indiscrétion, et était avec les amis de l’artiste d’une réserve qui dénotait l’homme du monde.

Tout à coup le familier disparut, et son hôte de l’oublier au bout d’un certain temps. Quelques mois après cette disparition, Paris se trouvait sous l’émotion d’un procès célèbre, et du rôle que jouait dans les débats un certain Lacenaire, principal accusé. Albert voulut assister, comme tout le monde, aux péripéties de ce drame judiciaire, et se rendit au Palais-de-Justice. Il fut placé très près du prétoire. Quelle ne fut pas sa surprise, en