Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/206

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Pensez-vous ne pas vous démentir un seul instant jusqu’au dernier ?

— Je crois que je regarderai l’échafaud en face. Le supplice est moins dans l’exécution que dans l’attente et l’agonie morale qui le précèdent. D’ailleurs, j’ai une puissance telle sur mon imagination, que je me crée un monde à moi… Si je le veux, je ne penserai à la mort que devant elle.

Après un intervalle, Lacenaire reprit ainsi :

Croyez-vous qu’on me méprisera ?

— Un homme tel que vous n’inspire que de l’effroi.

— Aussi est-ce de la haine que j’attends. Il est une chose que, suivant moi, on ne peut guère supporter, le mépris d’autrui et son propre mépris.

Après avoir dit ces paroles, il remplit son verre de vin et ajouta en souriant :

— Ce n’est pas du Falerne, et cette boisson n’est pas comme celle d’Horace :

Nata mecum, consule Manlio.


récolté au temps même où je naissais, sous le consulat de Manlius.

Cependant, le jour arrivait où ces épouvantables paroles devaient recevoir leur juste punition.