Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/319

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ce manuscrit, rédigé par lui-même, était resté chez son avocat, à qui M. le président permit de l’aller chercher.

François demanda la parole, et d’une voix émue, avec l’accent de la colère, et s’animant par degrés, il prononça ces mots :

L’orateur Lacenaire vient de vous dire tout le cours de l’instruction : mais je vais, messieurs, vous faire apercevoir le mensonge. Il a dit que nous avions couché chez Soumagnac ; le fait est faux ; il a dit que j’avais été arrêté le 6, c’est le 9 que j’ai été arrêté, encore un mensonge !

Ici la voix de François s’altéra, et ce fut les dents serrées, le visage agité de mouvements convulsifs et les lèvres contractées qu’il poursuivit en ces termes :

— Misérable ! toi, qui as juré haine et vengeance à tout le genre humain, tu ne crains pas la justice des hommes, mais en allant à la mort, tu craindras peut-être la justice de Dieu devant lequel tu paraîtras tout rouge ! Ces messieurs ont aussi des comptes à rendre ; ils hésiteront avant de joindre de nouvelles victimes à celles qui déjà t’attendent couvertes de sang ! Si l’on me condamne, moi innocent, ah ! je ne crains pas la mort ! je l’ai bravée cent fois, j’ai combattu de nobles ennemis ; j’ai été blessé cinq fois : j’ai sauvé un canonnier au pied de l’Atlas, et j’ai eu trois doigts enlevés par une blessure honorable !… Toi ! vil assassin, lâche ! tu veux laver tes mains dans mon sang ; mais, encore aujourd’hui, je peux lever la main, pour la dernière fois peut-être, mais sans effroi ; toi tu caponeras au moment de la mort… lâche ! »