Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/39

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CHAPITRE VI.

Genève. ― Tentative de meurtre. ― Utilité de l’ivrognerie.


Cette ville est pour les Lyonnais brouillés avec leurs créanciers, ce qu’est Bruxelles pour les Parisiens dans la même situation. Les banqueroutiers n’y manquent guère, et, à l’auberge où il descendit, Lacenaire fit connaissance avec l’un d’eux. Le commerçant réfractaire, très déconsidéré dans l’établissement, très ivrogne, et, qui pis est pour un maître d’hôtel, dépourvu d’argent, allait être chassé, si le nouvel arrivant ne lui avait pas prêté quelques francs. Cette fois-là, en rendant service, Lacenaire avait un but intéressé. L’événement de Vérone ne l’avait pas corrigé de l’envie de faire des escroqueries. Il en méditait d’autres, et assignait en pensée un rôle actif à son obligé dans ses futures opérations.

Comme pour mieux persévérer dans cette idée, il s’était hâté de dissiper, quelques jours après son arrivée à Genève, l’argent restant de ses faux, et il se trouvait en proie à ces embarras sans cesse renaissants qui assaillent les dissipateurs.

Grâce à sa bonne tenue, à ses manières affables et à ses façons de vivre larges et aisées, au comptant ou à crédit, il sut capter la confiance d’en de ces courtiers-marrons qui hantent les voyageurs afin de leur vendre toutes sortes de marchandises. Il se fit passer à ses yeux pour un horloger en tournée, et le courtier lui proposa