Page:Lacuzon - Éternité, 1902.djvu/30

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Or, cet état de nos mœurs constitue, dans le domaine de la Pensée, une ignorance plus affreuse que le dénûment dss mentalités primitives. Le poète, ou le dénommé tel, n’échappe pas à la loi commune ; la vie émiette ses instants, et comme il doit aller vite, iln’aplus le loisir d’attendre l’inspiration, souvent trop lente à s’annoncer. C’est alors que sur des impressions fugaces, dont il n’a pu approfondir la nuance, sur de vieux schèmes ou de vagues clichés rapportés par le flot de ses réminiscences, il festonne, un instant favorisé par l’excitation nerveuse, de jolies phrases, d’une séduction parfois heureuse, enchâsse des vocables précieux exhumés d’un lexique oublié, et par l’ensemble, comme d’un dernier tour de main, faitsinuer le filigrane d’un pseudo-rythme. Peut-être est-ce coquet, joli, pimpant, mais ce n’est qu’un article, difficiles nugæ écrit aux frais généraux de toutes les anthologies, aux dépens anonymes de toutes les productions courantes ; une fantaisie, aux témérités empiriques, congruente à jeunes revues, à moins que, par bonne fortune ou notoriété du signataire, la piécette ne triomphe, en façon