Page:Lagardelle - Le Mouvement socialiste Revue mensuelle internationale S1 1908.djvu/429

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sortir jamais. Elles sont étroitement surveillées, même à l’intérieur de l’usine, par des sœurs qui leur interdisent même de parler, et surtout de se syndiquer au syndicat rouge. Elles sont environ deux cents. C’est avec ces inconscientes qu’on a constitué un syndicat jaune à Voiron. Mais la grève leur fut, à elles aussi, profitable. Jusque-là on ne les payait pas, on les nourrissait, couchait, entretenait, et l’on pense à quelle exploitation elles étaient soumises. Maintenant on change leur linge tous les mois, on les paie comme les autres ; mais encore elles sont obligées de tout acheter à la cantine patronale, ce qui fait que, lorsqu’elles ont payé, il ne leur reste plus rien.


4. Les conditions actuelles du travail.

La grève de Voiron eut une influence salutaire dans la région. À Moirans, les patrons eurent une telle peur que leurs ouvrières ne se soulevassent comme celles de Voiron, qu’ils leur accordèrent une sensible augmentation et la demi-journée du samedi. Chez M. Casimir Martin, où existe un dortoir, les ouvrières qui y couchent ne pouvaient pas sortir le soir, elles ne pouvaient pas aller aux réunions, etc. Le syndicat a fait supprimer tout cela, et aujourd’hui les ouvrières sont libres jusqu’à neuf heures du soir : lorsqu’il y a une réunion syndicale, elles ne rentrent qu’après la réunion.

Ainsi donc, même avec notre faible organisation syndicale, nous avons pu obtenir des avantages appréciables : non seulement des diminutions de salaires ont pu être empêchées, comme à Moirans, Voiron, Fures, Les Échelles, Entre deux Guiers, mais encore d’importantes améliorations, tant matérielles que morales, ont pu être conquises. Malheureusement, il reste encore beaucoup à faire : il faut obtenir, avant tout, la suppression de ces dortoirs infects, où s’étiolent de malheureuses jeunes filles, arrachées à leur famille par des promesses menteuses et qui sont enfermées là comme dans une prison.

Nous y parviendrons, car nous avons déjà obtenu des résultats de ce côté. À Vizille, à l’usine Duplan, dont je parlais tout à l’heure, l’hygiène du dortoir est confiée à la surveillance d’une contre-maîtresse spécialement payée à cet effet : on a obtenu des chambres aérées et du linge propre.

À l’usine Tresca, les dortoirs ont été supprimés, depuis 1906, par le patron lui-même : c’étaient d’ailleurs des dortoirs convenables. Mais, hélas ! les conditions matérielles du travail n’ont pas, dans cette usine, bénéficié de semblables modifications, depuis