Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/106

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Qu’un autre vous réponde, ô sages de la terre !
Laissez-moi mon erreur : j’aime, il faut que j’espère ;
Notre faible raison se trouble et se confond.
Oui, la raison se tait ; mais l’instinct vous répond.
Pour moi, quand je verrais dans les célestes plaines
Les astres, s’écartant de leurs routes certaines,
Dans les champs de l’éther l’un par l’autre heurtés,
Parcourir au hasard les cieux épouvantés ;
Quand j’entendrais gémir et se briser la terre ;
Quand je verrais son globe errant et solitaire,
Flottant loin des soleils, pleurant l’homme détruit,
Se perdre dans les champs de l’éternelle nuit ;
Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres,
Entouré du chaos, de la mort, des ténèbres,
Seul je serais debout : seul, malgré mon effroi,
Être infaillible et bon, j’espérerais en toi ;
Et, certain du retour de l’éternelle aurore,
Sur les mondes détruits je t’attendrais encore !
Souvent, tu t’en souviens, dans cet heureux séjour
Où naquit d’un regard notre immortel amour,
Tantôt sur les sommets de ces rochers antiques,
Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques,
Sur l’aile du désir, loin du monde emportés,
Je plongeais avec toi dans ces obscurités.
Les ombres, à longs plis descendant des montagnes,
Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes ;
Mais bientôt, s’avançant sans éclat et sans bruit,
Le chœur mystérieux des astres de la nuit,
Nous rendant les objets voilés à notre vue,
De ses molles lueurs revêtait l’étendue.
Telle, en nos temples saints par le jour éclairés,
Quand les rayons du soir pâlissent par degrés,
La lampe, répandant sa pieuse lumière,
D’un jour plus recueilli remplit le sanctuaire.