Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/230

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
228
MÉDITATIONS


Salut, bois consacré ! Salut, champ funéraire,
Des tombeaux du village humble dépositaire !
Je bénis en passant tes simples monuments.
Malheur à qui des morts profane la poussière !
J’ai fléchi le genou devant leur humble pierre,
Et la nef a reçu mes pas retentissants.
Quelle nuit ! quel silence ! Au fond du sanctuaire
À peine on aperçoit la tremblante lumière
De la lampe qui brûle auprès des saints autels.
Seule elle luit encor quand l’univers sommeille,
Emblème consolant de la bonté qui veille
Pour recueillir ici les soupirs des mortels.

Avançons. Aucun bruit n’a frappé mon oreille ;
Le parvis frémit seul sous mes pas mesurés :
Du sanctuaire enfin j’ai franchi les degrés.
Murs sacrés, saints autels ! je suis seul, et mon âme
Peut verser devant vous ses douleurs et sa flamme,
Et confier au ciel des accents ignorés,
Que lui seul connaîtra, que vous seuls entendrez.

Mais quoi ! de ces autels je m’approche sans crainte !
J’ose apporter, grand Dieu, dans cette auguste enceinte
Un cœur encor brûlant de douleur et d’amour !
Et je ne tremble pas que ta majesté sainte
Ne venge le respect qu’on doit à son séjour !
Non, je ne rougis plus du feu qui me consume :
L’amour est innocent quand la vertu l’allume.
Aussi pur que l’objet à qui je l’ai juré,
Le mien brûle mon cœur, mais c’est d’un feu sacré ;
La constance l’honore et le malheur l’épure.
Je l’ai dit à la terre, à toute la nature ;