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POÉTIQUES.

Tout lui parlait de toi, tu lui parlais toi-même ;
L’univers respirait ta majesté suprême ;
La nature, sortant des mains du Créateur,
Étalait en tous sens le nom de son auteur :
Ce nom, caché depuis sous la rouille des âges,
En traits plus éclatants brillait sur tes ouvrages ;
L’homme dans le passé ne remontait qu’à toi ;
Il invoquait son père, et tu disais : C’est moi.

Longtemps comme un enfant ta voix daigna l’instruire,
Et par la main longtemps tu voulus le conduire.
Que de fois dans ta gloire à lui tu t’es montré,
Aux vallons de Sennar, aux chênes de Membré,
Dans le buisson d’Oreb, ou sur l’auguste cime
Où Moïse aux Hébreux dictait sa loi sublime !
Ces enfants de Jacob, premiers-nés des humains,
Reçurent quarante ans la manne de tes mains :
Tu frappais leur esprit par tes vivants oracles ;
Tu parlais à leurs yeux par la voix des miracles ;
Et lorsqu’ils t’oubliaient, tes anges descendus
Rappelaient ta mémoire à leurs cœurs éperdus.
Mais enfin, comme un fleuve éloigné de sa source,
Ce souvenir si pur s’altéra dans sa course ;
De cet astre vieilli la sombre nuit des temps
Éclipsa par degrés les rayons éclatants.
Tu cessas de parler : l’oubli, la main des âges,
Usèrent ce grand nom empreint dans tes ouvrages ;
Les siècles en passant firent pâlir la foi ;
L’homme plaça le doute entre le monde et toi.

Oui, ce monde, Seigneur, est vieilli pour ta gloire ;
Il a perdu ton nom, ta trace et ta mémoire ;