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MÉDITATIONS


La douteuse lueur, dans l’ombre répandue.
Teint d’un jour azuré la pâle obscurité,
Et fait nager au loin dans la vague étendue
Les horizons baignés par sa molle clarté.

L’Océan amoureux de ces rives tranquilles
Calme, en noyant leurs pieds, ses orageux transports,
Et, pressant dans ses bras ces golfes et ces îles,
De son humide haleine en rafraîchit les bords.

Du flot qui tour à tour s’avance et se retire
L’œil aime à suivre au loin le flexible contour :
On dirait un amant qui presse en son délire
La vierge qui résiste et cède tour à tour.

Doux comme le soupir de l’enfant qui sommeille,
Un son vague et plaintif se répand dans les airs :
Est-ce un écho du ciel qui charme notre oreille ?
Est-ce un soupir d’amour de la terre et des mers ?

Il s’élève, il retombe, il renaît, il expire,
Comme un cœur oppressé d’un poids de volupté ;
Il semble qu’en ces nuits la nature respire,
Et se plaint comme nous de sa félicité.

Mortel, ouvre ton âme à ces torrents de vie ;
Reçois par tous les sens les charmes de la nuit :
À t’enivrer d’amour son ombre te convie ;
Son astre dans le ciel se lève et te conduit.

Vois-tu ce feu lointain trembler sur la colline ?
Par la main de l’amour c’est un phare allumé ;
Là, comme un lis penché, l’amante qui s’incline
Prête une oreille avide aux pas du bien-aimé.